Comment la pandémie a aggravé les risques psychosociaux liés au travail (abaixo, em francês)
13-14 October 2021 Psychosocial risks in times of Covid-19_2021.pdf (link para versão em inglês)
Après une interruption de deux ans pour cause de pandémie, la septième réunion de l'Institut syndical européen sur les risques psychosociaux au travail s'est tenue dans le cadre d'un séminaire en ligne organisé à la mi-octobre 2021. L'accent a été mis sur les RPS pendant la crise du Covid-19. Même si les RPS constituent un phénomène bien connu sur le lieu de travail, la pandémie a mis en évidence les inégalités et aggravé les risques existants, rendant ainsi le problème encore plus critique. Les participants ont plaidé pour l'adoption d'une directive européenne, dans la mesure où les risques doivent être considérés comme un problème collectif nécessitant des solutions collectives.
Selon une étude de l'OCDE et d'Eurofound sur la santé mentale pendant la pandémie, tous les pays de l'OCDE ont vu leur santé mentale se détériorer en 2020, la majorité de la population connaissant des épisodes d'anxiété et de dépression. Les travailleurs des secteurs de la santé et de l'aide sociale font partie des groupes professionnels les plus exposés aux RPS. La pandémie les a durement touchés, sachant que les sources de RPS proviennent d'une conjonction de facteurs organisationnels, managériaux, sociaux et économiques. Le manque d'équipements de protection individuelle, le contenu du travail, en particulier les horaires irréguliers et les nouveaux rôles, la charge de travail importante et la durée élevée du travail ont contribué à accroître les risques. Selon Paula Franklin, chercheuse senior à l'ETUI, qui a établi un relevé du phénomène, les résultats physiques et psychologiques observés comprennent le burn-out, l'anxiété, la dépression, l'insomnie, la fatigue ou les symptômes de stress post-traumatique. Elle souligne que les mesures de prévention doivent être adaptées à la réalité des travailleurs et leur permettre de participer à l'organisation des mesures de sécurité et de santé au travail.
Conséquences mentales et physiques
Les risques psychosociaux impliquent des sentiments d'insécurité (liés à l'emploi, aux revenus, aux droits et à la protection sociale, au temps de travail, à l'avenir de l'emploi ou à l'employabilité, à la représentation de la voix du travailleur) et d'injustice. Ces facteurs expliquent pourquoi les travailleurs précaires sont particulièrement fragilisés. Il existe en effet un lien évident entre la qualité du travail et l'emploi précaire et entre l'emploi précaire et la santé mentale, comme l'explique Christophe Vanroelen, professeur de sociologie à l'Université de Bruxelles (VUB). La pandémie a profondément affecté le corps enseignant, confronté à des conditions de travail abusives et à des salaires médiocres. Elle a également bouleversé les liens affectifs à cause de la distanciation et de l'isolement social. Selon Susan Flocken, directrice du CSEE pour l'Europe, jusqu'à la moitié des enseignants ont souffert de stress et d'anxiété, et un tiers ont montré des signes de dépression. En outre, Hélène Sultan-Taïeb, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et Isabelle Niedhammer, directrice de recherche à l'Institut national français de la santé et de la recherche médicale (INSERM), ont souligné que les RPS pouvaient également favoriser l'apparition de maladies cardiovasculaires.
Les effets négatifs du télétravail
Pour les professionnels de l'éducation, soit un grand nombre de travailleurs issus de divers secteurs, le télétravail est devenu la norme pendant la pandémie. Le télétravail a contribué à augmenter la charge de travail, à perturber l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et à susciter des sentiments d'isolement social. Pierre Bérastégui, chercheur à l'ETUI, a expliqué que le télétravail pouvait être considéré comme une solution temporaire pour faire face à la crise mais aussi comme une transformation à long terme des modalités du travail. Pour être efficace et viable, le passage au télétravail structurel nécessite une réorganisation des processus de travail. Selon Slavica Uzelac, directrice générale d'Eurocadres, le télétravail pose des problèmes d'inégalité, car les grandes entreprises sont généralement mieux équipées, offrent des formations et disposent d'accords d'entreprise. Par ailleurs, l'absence d'équipements adaptés et ergonomiques à domicile peut engendrer des troubles musculo-squelettiques. Bien que le télétravail soit susceptible d'être stressant, de nombreux travailleurs disent avoir eu une bonne expérience du télétravail en raison de ses possibilités sur les plans de la flexibilité et de l'autonomie. Cependant, il existe un risque de voir cette transition vers le télétravail structurel devenir une stratégie économique aux dépens de la santé et de la sécurité au travail.
Une augmentation de la violence sur le lieu de travail
En règle générale, les femmes sont davantage exposées à la violence et au harcèlement sexuel. Pendant la pandémie, elles se sont retrouvées en première ligne : en Europe, 70 % des travailleurs essentiels étaient des femmes. Une étude conduite par UNI Europa a montré qu'elles étaient particulièrement touchées par la violence économique, parce qu’elles occupent davantage des emplois faiblement rémunérés et plus précaires. Les travailleurs du secteur des services étaient spécialement exposés, ce qui a eu un impact sévère sur la santé mentale à long terme des travailleurs de première ligne, en particulier des femmes qui ont été confrontées à la violence des clients ou des patients. Dans certains cas, cette situation a également entraîné des atteintes physiques. Amel Djemail, directrice de l'égalité des chances à UniEuropa, a noté que de nombreuses femmes pâtissent de l'absence de politiques et du manque de soutien des employeurs pour répondre à cette violence et la prévenir. Cette situation entraîne en outre des conséquences en termes de diminution des performances professionnelles, de hausse de l'absentéisme, de baisse de la motivation, de réduction de la productivité, de dégradation des relations de travail, d’augmentation du taux de rotation et des difficultés de recrutement. L'impact sur les revenus des femmes a également été constaté.
Une dynamique favorable à une directive européenne
La directive européenne sur la sécurité et la santé au travail, adoptée en 1989, établit un cadre juridique dans une approche quantifiée des risques. Mais, selon Aude Cefaliello, chercheur à l'ETUI, cette directive ne couvre pas explicitement la dimension de la santé mentale. Il est évident que la santé et la sécurité des travailleurs englobent également la santé mentale des travailleurs, mais il n'existe actuellement aucune législation spécifique sur les RPS au niveau européen. Plusieurs États membres ont intégré une "allusion" aux RPS ou à la dimension mentale de la santé dans leur législation. Néanmoins, la protection des travailleurs reste inégale. La crise du COVID-19 a mis en lumière la nécessité d'une directive européenne comportant une définition claire des RPS. La bonne nouvelle est qu'un projet de rapport du Parlement européen préconise des améliorations en matière de sécurité et de santé des travailleurs au travail s'agissant de l'évaluation et de la gestion pratiques des RPS. Il semble aujourd'hui possible de disposer d'une législation adéquate. Les syndicats doivent continuer à réclamer l'adoption d'une directive", a déclaré Nina Hedegaard Nielsen, conseillère politique principale en matière de santé et de sécurité au travail au sein du syndicat danois FH. Dans cette optique, les syndicats ont lancé une campagne en faveur d'une législation européenne pour lutter contre le stress lié au travail, dans un contexte de crise de la santé mentale aggravée par les confinements.
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